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Richard Lebon
Analyse
par Richard Lebon

120 entreprises crèvent le plafond du Rs 1 milliard de revenus

Il y a cinq ans, le monde connaissait la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale. La Covid-19 a été une calamité d'un point de vue sanitaire avec plus de 7 millions de décès dans le monde, mais aussi économique. À Maurice, l'on a ressenti de plein fouet l'impact du grand confinement, avec une contraction de 15 % du PIB réel enregistrée en 2020, résultant en grande partie de la paralysie dans le secteur touristique.

La pandémie à peine vaincue, les tensions géopolitiques ont éclaté aux quatre coins de la planète. Il y a eu d'abord la guerre d'agression en Ukraine, qui persiste depuis plus de trois ans et qui a mis une pression énorme sur les chaînes d'approvisionnement, provoquant au passage une envolée des prix du fret. Étant un importateur net, Maurice a subi de plein fouet les conséquences de cette guerre, avec une inflation à deux chiffres maintenue pendant de longs mois.

Aujourd'hui encore, le monde semble comme coincé dans une boucle de crises. L'élection de Donald Trump et sa guerre commerciale insensée continue de diffuser des ondes de choc. Si bien que dans ses dernières prévisions, la Banque mondiale anticipe que le PIB mondial va croître de seulement 2,3 % en 2025, soit un demi-point de moins que ses prévisions initiales. D'ici à 2027, la croissance mondiale ne devrait atteindre que 2,5 % sur la décennie, soit le rythme le plus bas enregistré depuis les années 1960.

À Maurice, on ne s'en sort pas si mal. D'abord estimée à 6,5 % en 2024, la croissance du PIB réel a été revue à 4,9 % sur la base des nouvelles estimations de Statistics Mauritius sur l'exportation des biens et des services. Un chiffre qui pourrait ultérieurement être revue à la hausse quand Statistics Mauritius recalculera ses estimations, cette fois-ci en se basant sur la nouvelle méthodologie du Fonds monétaire international.

S'il est vrai que sous l'ancien régime, on a eu recours à l'impression de la monnaie pour lever les Rs 140 milliards et que l'on a puisé des réserves des corps parapublics, il faut aussi se rappeler que l'on était dans un cas de force majeure, voire dans un contexte de survie économique. Il fallait coûte que coûte sauver les entreprises – il serait bien naïf de penser que seules les entreprises zombies étaient menacées d'extinction – et protéger les emplois pour éviter une catastrophe sociétale.

On a le sentiment que les gouvernants du jour et certains observateurs économiques occultent, délibérément ou pas, la dimension de la crise quand ils se lancent à brûle-pourpoint dans leur diagnostic de l'économie mauricienne.

Cela dit, il n'est pas faux de dire que l'état des finances publiques est loin d'être mirifique et que le gouvernement a eu raison d'enclencher un processus de consolidation fiscale, comme l'ont recommandé Moody's et le Fonds monétaire international. Mais, quand on considère la performance du top 100 des entreprises sur ces deux dernières années, il est un fait que les cadors de l'économie mauricienne se portent bien. Et c'est tant mieux !

Le Top 100 Companies, qui se base sur les comptes audités des entreprises, constitue un véritable baromètre de l'économie mauricienne. Cette édition 2025 est instructive dans la mesure où elle donne la performance des grandes entreprises d'abord pendant les quatre derniers mois de l'ancien régime et sous le nouveau gouvernement pendant environ sept mois et demi.

Le principal enseignement, c'est que les 100 plus grandes entreprises réalisent un chiffre d'affaires cumulé de Rs 691,56 milliards dans le classement de 2025 contre Rs 629,71 milliards dans le précédent classement. Cela équivaut à une solide croissance de 9,8 %. Au total, 74 entreprises voient une progression de leurs revenus, 24 enregistrent une baisse et la performance d'une compagnie reste inchangée.

Au niveau de la profitabilité, l'on enregistre un recul d'un classement à l'autre, avec une performance de Rs 46,79 milliards en 2025 contre Rs 50,84 milliards en 2024. Soit un repli de 7,9 %. Une contre-performance qui semble indiquer une hausse des coûts de production. Faut-il y voir, entre autres, les effets du quatorzième mois accordé aux salariés touchant jusqu'à Rs 50 000 ? Concernant les actifs cumulés des 100 plus grosses entreprises, ils s'élèvent à plus de Rs 1 212 milliards (Rs 1,21 billion).

Le classement de 2025 vient confirmer la suprématie d'IBL Ltée avec des revenus de Rs 120,8 milliards réalisés à fin juin 2025 contre Rs 101,95 milliards lors de l'année financière précédente. Soit une augmentation de 18,4 %. Le conglomérat récolte les fruits de sa stratégie d'internationalisation «Beyond Borders» tout en conservant un fort ancrage local. Au total, les revenus à l'international comptent pour 54 % du chiffre d'affaires du groupe. De plus, 72 % de la croissance de ses revenus est attribuable aux activités internationales.

La deuxième place est occupée par Airports of Mauritius Ltée, avec une performance de Rs 38,71 milliards (-0,21 %). Le Groupe CIEL complète le trio de tête avec un chiffre d'affaires de Rs 38,7 milliards (+0,86 %). De la 4e à la 10e place, l'on retrouve dans l'ordre : ER Group (Rs 29,9 milliards), Eclosia (Rs 21,2 milliards), Leal Group (Rs 20,32 milliards), Vivo Energy (Rs 18,99 milliards), New Mauritius Hotels (Rs 16,89 milliards), Gamma Group (Rs 15,33 milliards) et IndianOil (Mauritius) Ltd (Rs 14,99 milliards).

À noter les entrées de Gamma Group (le groupe gagne sept places) et d'IndianOil (Mauritius) Ltd (la compagnie grappille une place) dans le présent classement.

Par ailleurs, deux compagnies font leur entrée dans le giron des 100 premières entreprises de Maurice, à savoir, Mont Ida Group, qui grimpe de la 110e à la 79e place et Mahasimhaya Co. Ltd, société dont la maison-mère est basée en Afrique du Sud, qui gagne sept places et se pointe au 96e rang.

Autre enseignement du classement 2025: les 100 plus grosses entreprises franchissent toutes la barre des Rs 1 milliard. Du reste, jusqu'au 120e rang, toutes les entreprises font mieux que Rs 1 milliard en termes de chiffre d'affaires.

Il est également important de braquer les projecteurs sur la performance du secteur bancaire. Dans ce classement, MCB Group consolide sa première position avec des actifs qui, pour la première fois, dépassent les Rs 1 000 milliards (Rs 1 billion). Alors que ses profits avant impôts culminent à Rs 22,94 milliards. SBM Holdings arrive en deuxième place avec Rs 433 milliards en termes d'actifs. Alors qu'AfrAsia Bank arrive en troisième place avec des actifs de Rs 283,4 milliards. Pour rappel, Access Bank UK a complété au mois d'août le rachat de 76 % de l'actionnariat d'AfrAsia Bank pour un montant de 117 millions de dollars.

Dans l'ensemble, les 15 banques du pays cumulent désormais des actifs de Rs 2 741 milliards (Rs 2,74 billion) contre Rs 2 352 milliards (Rs 2,32 billion) dans le classement de 2024. Une croissance de 16,5 % qui reflète la solidité et la résilience du secteur bancaire.

Par ailleurs, les banques demeurent hautement profitables. Ainsi, le classement révèle que huit banques font partie des 22 entreprises les plus profitables du pays.

(Rédigé le 22 octobre 2025)

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